La petit fille de Monsieur Linh

LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH, PHILIPPE CLAUDEL (CONTEMPORAIN)

♡  Livre coup de cœur ♡ 

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« C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette. »

184 pages, publié chez le Livre de Poche en 2005.

LA CRITIQUE

       Je viens à peine de finir de lire la dernière page, et c’est à chaud que je décide de chroniquer cette petite perle rare, car je voudrais retranscrire du mieux possible les sentiments que ce livre a fait naître en moi. Avant de commencer, cependant, je vous propose quelques citations pour vous mettre dans l’ambiance.

« La soupe est comme l’air de la ville qu’il a respiré en descendant du bateau. Elle n’a pas vraiment d’odeur, pas de goût. Il n’y reconnaît rien. Il n’y trouve pas le délicieux picotement de la citronnelle, la douceur de la coriandre fraîche, la suavité des tripes cuites. La soupe entre dans sa bouche et dans son corps, et c’est soudain tout l’inconnu de sa vie nouvelle qui vient en lui. »

« Ce peut-être aussi cela l’existence ! Des miracles parfois, de l’or et des rires et de nouveau l’espoir quand on croit que tout autour de soi n’est que saccage et silence ! »

« La nuit a fait éclore dans la ville des milliers de lumières qui scintillent et paraissent se déplacer. On dirait des étoiles tombées à terre et qui cherchent à s’envoler de nouveau vers le ciel. Mais elles ne peuvent le faire. On ne peut jamais s’envoler vers ce qu’on a perdu. »

        Rien de tel qu’un petit livre comme La petite fille de Monsieur Linh pour faire une pause dans ma lecture en VO consistante qu’est le premier tome de A Song of Ice and Fire, dont je devrais faire la chronique d’ici quelques jours.

       Mais pour en revenir à cette histoire, ici l’auteur, de son écriture douce et poétique, nous embarque dans le récit émouvant de ce vieil homme, Monsieur Linh, qui quitte son village (quelque part en Asie) dévasté par la guerre, en quête d’une vie meilleure. Si cela n’avait tenu qu’à lui, Monsieur Linh y serait resté sans hésiter, car ce village est toute sa vie. Il est la terre de ses ancêtres, son foyer et là demeurent les souvenirs impérissables des rizières, des femmes qui lavent leurs cheveux soyeux dans la rivière et d’un endroit où tout le monde connaissait et saluait tout le monde. Mais pour sa petite fille âgée de quelques semaines à peine (joliment nommée Sang Diû, ce qui dans la langue de son pays natal signifie « Matin doux »), Monsieur Linh prend le bateau et part vers l’inconnu, en quête d’une vie meilleure à offrir à son enfant.

       On ne sait pas exactement où débarque le vieil homme. On sait cependant que c’est une grande ville au bord de la mer, avec tout ce qu’il y a de plus impersonnel : de longues avenues, des grandes foules et des gens qui ne s’accordent aucun intérêt ni aucun regard, et c’est un tout nouveau monde pour Monsieur Linh. Il se sent un peu perdu, lui qui ne parle pas la langue du pays et qui est étranger à tout le monde. Mais un jour, par un joli hasard, un gros bonhomme surnommé Monsieur Bark va entrer dans la vie du vieil homme. Et c’est là, par cette amitié, que la vie de Monsieur Linh va prendre un tout nouveau sens… L’amitié entre les deux personnages va les sortir de cet état de deuil. Ils ne parlent absolument pas la même langue, mais malgré tout, se comprennent. La barrière des langues n’est plus un problème entre eux, et ensemble, les deux hommes vont renaître, et parviendront finalement à se reconstruire.

       Ce livre est une perle rare car, d’une part, il est très bien écrit : les mots sont d’une douceur incomparable, poétiques, et même poignants. De plus, les thèmes abordés sont multiples : l’amitié, l’amour familial, le deuil, la renaissance, le drame, le passé, la mémoire, les souvenirs, la solitude, puis la chaleur humaine… En outre, une fois que l’on a lu les dernières pages, tout s’éclaire. Les petits indices semés çà et là tout au long du récit nous viennent à l’esprit et tout devient évident. Et on ne peut qu’être touché par ce vieil homme, qui nous paraît si vulnérable tout à coup.

C’est un livre que je vous conseille de tout cœur, car s’il reste court, son contenu en vaut réellement la peine et ne peut que nous toucher, finalement, en pensant à tous ces gens qui ont vécu l’horreur de la guerre et de la perte de toute leur famille. Oui, en refermant ce livre, j’ai eu une petite pensée pour tous ces Monsieur Linh qui, quelque part dans le monde, essaient de se reconstruire après ces drames.

19/20

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